Une idée ancienne, aujourd'hui encore éclipsée
L'histoire de l'hypnose est traversée par une tension entre deux récits.
L'un met en scène un opérateur puissant qui plonge le sujet dans un état second, prend le contrôle de son esprit et produit des effets que le sujet ne pourrait pas produire seul. C'est l'hypnose de pouvoir. Avec toutes les formes d'abus qu'il implique...
L'autre, moins spectaculaire et beaucoup moins rentable pour le commerce du mystère, dit simplement que l'état hypnotique est une capacité naturelle de l'être humain, que personne ne peut l'induire chez quelqu'un qui ne s'y prête pas. C'est l'hypnose de coopération. Une expérience partagée, un processus de co-création.
Évidemment, le premier récit, — a so much more bankable entertainment ! — a dominé. Il alimente encore aujourd'hui les shows télévisés et les fantasmes sur l'hypnose de spectacle...
Le second, pourtant, est le plus ancien et le mieux étayé. Dès les années 1840, James Braid, chirurgien écossais et naturaliste, largement reconnu comme le « Père de l'Hypnotisme moderne » défendait l'idée que la transe est un phénomène produit par le sujet lui-même — pas transmis par un opérateur.
Bernheim et l'École de Nancy, aussi appelée École de la suggestion (avec l'École de la Salpêtrière, c'est l'une des deux grandes écoles ayant contribué à l'« âge d'or » de l'hypnose en France de 1882 à 1892). insistaient sur la suggestibilité comme faculté naturelle de l'esprit humain. Ce que le praticien propose, le sujet l'accepte ou non. Il reste l'acteur principal de ce qui se passe en lui.
Pas plus qu'on ne décrète un éclat de rire, on ne commande une transe.
À l’instar de l’humoriste dont le talent s’arrête au seuil du rire d’autrui, le praticien en hypnose déploie une partition que nul ne peut être contraint de jouer. Le succès d’une suggestion, comme celui d’un trait d’esprit, repose sur une rencontre : si le praticien maîtrise l'art de l'amorce, il reste, tel un humoriste, un artisan de l’occasion, sans jamais devenir le maître du dénouement ni forcer le rire de celui qui l’écoute.
Au cœur de la pratique ericksonienne
Erickson n'a pas formulé ce postulat — Toute hypnose est en réalité auto-hypnose — en une phrase. Il en a fait une autodiscipline. Sa méfiance envers les protocoles rigides, son attention constante à ce que chaque personne lui apportait, son refus de considérer l'inconscient comme un territoire à conquérir — tout cela repose sur une conviction simple : on ne peut pas faire quelque chose à quelqu'un en hypnose. On peut seulement créer les conditions pour que quelque chose se passe en lui.
Fondamentalement, l'hypnose est quelque chose que l'on fait avec quelqu'un . C'est une danse relationnelle où le sujet reste le maître d'œuvre de sa transe.
Le praticien ericksonien guide. Il ajuste son rythme, son vocabulaire, ses suggestions à ce qu'il perçoit chez la personne. Mais l'état hypnotique — la qualité d'attention, le relâchement, les ressources qui remontent — c'est la personne qui le produit. Ce qui émerge lui appartient. Le chemin parcouru est le sien.
Le principe fondateur d'Alténoïa
En tant que maître praticien en hypnose ericksonienne, formé par Josick Guermeur de l'école Xtrëma, je ne cherche donc pas à hypnotiser les autres.
En séance individuelle comme en atelier collectif, ma voix et les mots qui me viennent sont une invitation — jamais une emprise. Ce qu'ils éclairent, c'est ce qui est déjà là. Comme le phare qui ne crée ni la mer ni le cap, mais révèle au navigateur ce que l'obscurité lui cachait.
Cette posture a des conséquences concrètes. Elle démystifie. Elle désacralise la figure de l'hypnotiseur — et avec elle, l'idée que le changement viendrait de l'extérieur, d'une technique, d'un expert qui saurait mieux que vous ce dont vous avez besoin.
Elle rend l'hypnose démocratique, accessible, émancipatrice.
L'autohypnose — apprise progressivement, pratiquée seul.e — n'est pas un exercice de maîtrise de soi ni une injonction à se contrôler en permanence. C'est une façon de relocaliser l'attention vers des choix plus fins, plus conscients, plus ajustés à ce qu'on veut vraiment. Moins d'agitation réactive, plus de latitude intérieure.
On ne devient pas passif sous hypnose — on devient souvent plus sélectif, plus exigeant. On apprend à naviguer autrement, à tenir la barre sans se crisper sur le gouvernail. Ainsi on se rend plus présent à soi-même. Tout en s'ouvrant humblement à ce qui nous dépasse ou que notre quotidien laisse trop souvent et depuis trop longtemps dans l'ombre, cet "Autre en Soi"...
L'idée d'Alténoïa est née dans ces eaux-là.
Concrètement, qu'est-ce que ça change ?
Quand vous entrez en état hypnotique, votre attention se tourne progressivement vers l'intérieur. Les sollicitations extérieures s'estompent. Votre cerveau génère les réponses. Personne d'autre ne peut faire ça à votre place.
Ce que le praticien apporte, c'est un cadre, un rythme, une qualité de présence — les conditions dans lesquelles ce mouvement intérieur devient possible.
Cette lecture change aussi la question souvent posée : "Suis-je hypnotisable ?"
La plupart des gens qui se posent cette question craignent de ne pas avoir les bonnes dispositions, le bon profil. Mais si l'état hypnotique est quelque chose qu'on produit soi-même, la question se reformule différemment : "Est-ce que je peux apprendre à orienter mon attention ?" Et là, l'expérience clinique — comme la recherche en neurosciences — suggère que cette capacité est bien plus répandue qu'on ne le croit généralement.
Toute [auto-]hypnose est un apprentissage
Il y a une dernière conséquence, moins évidente mais peut-être la plus importante. Si toute hypnose est auto-hypnose, alors chaque séance est aussi un apprentissage. On ressort d'une séance avec une expérience vécue de sa propre capacité à modifier son état intérieur. Répétée, cette expérience devient une compétence. Une forme d'autonomie que le praticien n'a pas à garder pour lui.
C'est dans cet esprit que sont conduites mes séances individuelles et que j'anime des ateliers d'initiation à l'autohypnose : vous apprendre à pratiquer seul.e, dans votre propre vie, cette écologie de la présence.